Le grand âge de la révolution

En 2018, le défunt  Shinzo Abe, alors premier ministre du Japon, faisait à Davos une présentation remarquable sur le concept d’une société 5.0 qui porterait la politique de développement d’un pays confronté au vieillissement inéluctable de sa population. L’idée avancée était que le monde entre dans sa cinquième transformation. La version 1.0 sociale étant consacrée à la chasse, la seconde à l’agriculture, la troisième à l’industrialisation. Nous stagnerions actuellement dans une version 4.60 de l’information.

La société 5.0 serait celle de la « super smart society » largement basée sur l’utilisation de l’intelligence artificielle.

L’objectif pour le gouvernement japonais, mis à part la volonté d’être le pays leader de l’IA, est de répondre aux défis d’un pays en train de perdre sa population et où, ceux qui restent, deviennent eux-mêmes de plus en plus âgés. Comment continuer à faire fonctionner les services, comment améliorer les conditions de vie des citoyens. Et plutôt que de s’arrêter aux seuls seniors, pourquoi ne pas réfléchir à  la société dans son intégralité ? Ainsi lorsque des drones sont imaginés pour transporter des médicaments dans les zones rurales, pourquoi ne pas réfléchir sur toutes les questions de logistiques de livraisons quel que soit le public ou la portion du territoire ?

Clairvoyance ou pas, pari gagnant ou risqué toujours est-il qu’un gouvernement décidait de traiter la question du vieillissement en prenant le biais de l’ innovation. Pas l’innovation médicale ou technologique pour le grand âge. Ou plutôt pas seulement. Non le Premier Ministre japonais venait  de déclarer à un parterre de leaders mondiaux que, le Japon vieillissant, il fallait faire une révolution de la société comme le fut la révolution industrielle. À Davos, Abe n’était déjà plus dans le déclaratif mais proposait des objectifs et un plan stratégique.

Et nous dans tout ça ? A un problème qui nous impacte également (même si le vieillissement en France n’atteint pas encore le niveau de criticité du Japon), nous répondons lois, aménagement vague de la loi de finance de la sécurité sociale, campagne de communication. A des milliers de kilomètres d’un pays qui répond : « révolution sociétale ».

Ici la question est moins de savoir si le Japon va réussir ou pas. Quatre ans après, il est encore trop tôt, d’autant que la COVID semble avoir relégué  au second plan la Société 5.0 (même si la pandémie a accéléré certains aspects de cette société du futur comme l’usage de l’IA).

Je ne désespère pas du « Think Global » même si cela peut paraître complexe dans notre société composée d’une somme d’individualités. Pourtant vouloir résoudre leurs, nos, problèmes en les traitant individuellement ne fera que poursuivre la segmentation tout en ne répondant qu’imparfaitement aux individus dans leur complexité.

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