Réinventons l’action sociale

Fin mars se déroulait le 92eme congrès de l’UNCCAS. Ce fut l’occasion de présenter les résultats d’un sondage, réalisé par l’IFOP, le baromètre social. Ce n’était pas le premier du genre. En effet, sous la présidence de Patrick Kanner, une série de baromètres avait été mise en place lors de différents congrès. Ce n’était pas non plus la première fois que les français étaient interrogés, par l’UNCCAS, sur leurs attentes vis-à-vis de l’action sociale puisqu’un sondage avait été mené en 2020, avec Opinion Way, sur le même sujet. Ce qui est intéressant, c’est que ce sondage vienne après une succession de crises (Covid, Ukraine) et l’inflation qui s’en suit, et surtout dans une période de tensions sociales.

Que retenir de ce sondage ?

Si les Français sont d’accord sur l’objectif global de l’action sociale -à savoir réduire les inégalités et accompagner les publics vulnérables- certaines réponses confortent l’idée qu’il est temps de repenser à la fois le modèle social mais aussi les modes d’action pour atteindre le double objectif évoqué.

Les trois premiers domaines d’action priorisés par les français concernent la santé, l’alimentation, l’éducation.

Les trois premiers domaines d’action priorisés par les français concernent la santé, l’alimentation, l’éducation. Il peut paraître étonnant, lorsque l’on parle d’action sociale, que la santé apparaisse aussi fortement et surtout en premier. C’est méconnaître ce que les acteurs du social évoquent depuis longtemps : le lien fort entre santé et précarité. Vient se greffer à cette idée le sentiment d’une difficulté à accéder aux services essentiels. Le problème est qu’en France, on ne considère le dossier de la santé que sous l’angle quasi unique du médical. Or le problème pour les Français relève moins de la qualité des soins que de la capacité, la possibilité devrait-t-on dire, d’accéder aux soins.

Il y a 10 ou 20 ans, l’accès aux soins se résumait majoritairement à la capacité financière d’accès à tous les soins. Des dispositifs ont été mis en place dans ce sens, comme la CMU ou d’autres.

Aujourd’hui la problématique est de trouver une offre de soins y compris pour un médecin généraliste, pourtant le premier échelon de notre santé.

Le deuxième point notable de cette enquête est le fait que si les Français ont de fortes attentes vis-à-vis de l’action sociale, ils ne la trouvent pas satisfaisante à 62 %. 

La question qui se pose maintenant à nous, comme avec tout sondage, est que fait-on pour répondre aux problèmes soulevés ?

La première option, la plus souvent retenue malheureusement, consisterait à mettre la poussière sous le tapis et à attendre le prochain sondage.

La deuxième option, la plus intéressante et la plus pertinente sans doute, implique de repenser l’organisation, les pratiques, et même au-delà le modèle général.

Il y a sans doute au préalable quelques principes à retenir.

Premièrement ne pas faire plus mais faire mieux. Les Français ne disent rien d’autre. Lorsque dans le même sondage, ils évoquent une opposition à (69 %) l’idée d’augmenter les impôts pour financer l’action sociale. On peut aisément comprendre cette réponse alors que nos concitoyens galèrent un peu plus chaque jour avec leur porte-monnaie. Dire qu’il faut plus d’efficience ne veut pas dire pour autant que les acteurs de terrain font mal, c’est de dire que le modèle d’action sociale est calqué sur des modèles qui datent, en fonction des thématiques, de plusieurs décennies. Or, le monde, la société, ont évolué énormément depuis.

Deuxièmement, il faut ouvrir les champs d’intervention de l’action sociale. C’était le sens des trois piliers du développement durable. L’idée du social y est beaucoup plus large que l’acception que nous en avons dans le modèle français. Les résultats du sondage montre d’ailleurs que les Français ont compris cela mieux que nous-mêmes, semble-t-il. L’action sociale se destine aux personnes donc à l’humain. Et l’individu est par nature complexe et non pas, une somme de segments. Traiter séparément les problèmes d’une personne est un non-sens. Le plus souvent, une personne surendettée n’est pas que surendettée, une personne en perte d’autonomie n’est pas qu’en perte d’autonomie. Il est donc essentiel d’imaginer une action sociale globale.

Pendant mes années passées à l’UNCCAS, je n’ai eu cesse de vendre cette idée au long des congrès, colloques, interviews et rencontres. Nous avions effectué un travail qui reprenait sensiblement l’idée d’imaginer le CCAS de l’avenir, au travers du programme CCAS 2050. Travail qui avait mobilisé des centaines d’élus et d’agents et qui avait intéressé autant le réseau que des acteurs sociaux, l’État et des entreprises.

Alors oui, il faut sans doute plus de moyens, peut-être des campagnes de communication, pourquoi pas changer les noms des dispositifs ou des CCAS, mais il est plus urgent encore de réfléchir à l’action sociale de demain. Et au vu de l’évolution rapide de la situation sociale et de la société en général, il est encore plus urgent de le faire aujourd’hui.

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