Même si les températures actuelles pourraient nous induire en erreur : c’est bien la rentrée ! Et qui dit rentrée, dit retour du marronnier dans les médias à base d’achat d’écrans plats ou de Mercedes Benz Benz Benz lorsque les français en précarité touchent leurs allocations de rentrée scolaire.
Soit dit en passant, marronnier qui relève plus de la mythologie martienne que du sujet sérieux.
Une nouveauté néanmoins en ce chaud mois de septembre 2023 : l’appel au secours des restaurants du Cœur risquant de disparaître faute de financements a permis de développer un nouveau sujet : l’aide alimentaire. Le don de 10 millions de la famille Arnault a permis de faire rebondir, pour la plus grande joie des éditorialistes de tout poil, ce sujet de débat et de controverses mêlant inégalité de richesse, engagement de l’Etat, augmentation de la pauvreté et inflation.
Nous retiendrons deux choses de ce débat médiatisé mais réel en mettant de côté la situation de l’institution créé par Coluche et en rappelant que la question de l’aide alimentaire dépasse de beaucoup la seule situation des Restos du Cœur. Tout d’abord parce qu’il existe une multitude d’acteurs et surtout un panel plus large d’actions dépassant la seule distribution alimentaire.
Ce qui devrait retenir l’attention et nécessite, de mon point de vue, un vrai engagement c’est à la fois d’arrêter de se focaliser seulement sur les conséquences et se décider à traiter enfin le problème central, à savoir, les difficultés d’ordre structurel plutôt que conjoncturel.
Il n’est pas question de critiquer la multitude d’aides apportées aux personnes en situation de précarité. Personne ne remet en cause l’utilité de cette action majoritairement portée par un tissu associatif engagé et les collectivités territoriales, départements, CCAS et CIAS en tête. Force est de reconnaître que l’action sociale en France n’est qu’en partie curative et quasi pas préventive. En partie curative car nous sommes sur des modalités d’intervention qui reviennent à donner des anti douleurs à une personne ayant une fracture. Certes le patient est soulagé mais sa fracture n’est toujours pas soignée. Il ne s’agit pas d’une généralité, certes, mais la réalité d’une grande majorité des actions menées. Coluche, lorsqu’il lance les Restos du Cœur n’imagine pas que le sujet sera toujours brûlant, si ce n’est plus, près de 40 ans plus tard. Son objectif, annoncé, était que plus personne n’ait faim, pas qu’il y ait de plus en plus d’inscrits.
Focaliser le débat sur la distribution de l’aide alimentaire, c’est se concentrer sur un problème de court terme. Ne pas réfléchir sur les actions à mettre en œuvre pour faire que le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire régresse et n’augmente pas, revient à se préparer à ce que les mêmes questions se reposent année après année. La question n’est donc pas de critiquer ou réduire les actions permettant de soulager la souffrance des personnes en situation de précarité mais de réfléchir concomitamment à un vrai plan de réduction des causes de la pauvreté.
Vient enfin la question des modalités d’action sur la question de l’aide alimentaire, sachant que cette réflexion peut largement s’appliquer à d’autres sujets liés à l’action sociale. La pauvreté n’est pas nouvelle et elle ne va certainement pas disparaître d’un coup de baguette magique. Le problème n’est en effet pas conjoncturel mais bien plutôt structurel, comme vu précédemment.
Il y a d’abord la question éminemment centrale de la réduction de la pauvreté. Chacun a cet objectif en tête mais se concentre essentiellement, si ce n’est uniquement, sur le traitement des conséquences. Si je devais prendre une image, ce serait celle du seau troué que nous remplissons sans fin d’eau sans jamais boucher le trou ou remplacer le seau. La précarisation n’est pas seulement l’effet des accidents de la vie mais surtout de la situation économique voire de crises mondiales.
Nous avions organisé avec les élus, lorsque je dirigeais l’UNCCAS, un congrès sur ce thème : les fameux battements d’ailes de papillon. Crises climatiques, migratoires, économiques ou conflits sont autant de facteurs impactant la population en situation de précarité. Au risque de paraître iconoclaste, pour mes anciens confrères, le social ne peut s’envisager sans l’économique.
Précédemment, les CCAS, réunis en congrès à Grenoble, avaient souhaité que des acteurs économiques rentrent, de droit, dans leurs conseils d’administration. 15 ans plus tard c’est toujours un vœu pieux. A l’échelon national, lors des travaux sur la stratégie pauvreté voulue par le Président Macron, aucun groupe ne comportait d’axe purement économique.
Au final il n’est pas lieu de critiquer l’action quotidienne d’acteurs essentiels sans qui la situation serait encore plus tendue, même s’il ne serait pas inutile que l’action sociale sorte d’un débat tournant parfois au « mon pauvre est plus pauvre que ton pauvre ».
Enfin il est essentiel de refonder l’action sociale en liant l’économie plus fortement et en faisant du « en même temps ». Il faut imaginer les moyens à mettre en œuvre pour accompagner et améliorer l’action sociale au quotidien mais réfléchir également au lien entre économique, environnement et social.
Appliquer réellement le concept acté au sommet de Rio. Il n’y a jamais que 30 ans… une paille.

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