L’aide alimentaire : un défi en pleine croissance

L’aide alimentaire est un enjeu majeur dans de nombreux pays, et la France ne fait pas exception. Ce phénomène est en augmentation partout dans le monde, avec des hausses significatives au Québec, en Suisse, en Allemagne et en France. Dans cet article, nous allons examiner les causes de cette augmentation, les défis auxquels sont confrontés les acteurs de l’aide alimentaire et les solutions proposées pour y remédier.

Au Québec, la fréquentation des banques alimentaires a augmenté de 30 % par rapport à 2022 et de 73 % par rapport à 2019. Aujourd’hui, un Québécois sur dix a recours à l’aide alimentaire. En Suisse, la situation est similaire, avec une hausse de 12,5 % cette année. Le conseil fédéral suisse estime d’ailleurs que la situation ne se résoudra pas à court terme et demande de réfléchir sur le long terme. En Allemagne, l’augmentation est encore plus marquée, avec une hausse de 50 % due principalement à la guerre en Ukraine et à l’inflation. En France, la situation est préoccupante. Selon un rapport du Sénat, le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire a doublé en dix ans, voire triplé selon les banques alimentaires. Cependant, il est difficile d’obtenir des chiffres précis en raison de l’absence d’outil statistique national et de l’impossibilité de séparer les doubles comptes. La fourchette estimée se situe entre 5 et 9 millions de personnes.

Face à cette situation, plusieurs pistes sont évoquées dans notre pays.

Une loi, portée par le député Guillaume Garot, a été discutée en commission à l’Assemblée nationale en février. Cette loi propose une TVA zéro pour la livraison des produits destinés à l’aide alimentaire, la création de « territoires zéro faim » et la réflexion sur une sécurité sociale alimentaire.

Si la TVA zéro est une idée intéressante, les deux autres propositions soulèvent des questions.

Les territoires zéro faim proposent des actions d’éducation à l’alimentation, le soutien aux productions agricoles locales et engagées dans des pratiques de transition, le renforcement des contrôles visant à garantir le respect des obligations de lutte contre le gaspillage alimentaire et l’assurance de la coordination et du suivi de l’expérimentation des « Territoires Zéro Faim », entre autres. Cependant, il est légitime de se demander si une loi est vraiment nécessaire pour mettre en œuvre des dispositions qui sont déjà contenues, peu ou prou, dans d’autres textes.

Concernant la sécurité sociale alimentaire, l’idée d’un montant disponible chaque année, géré par une caisse abondée par des cotisations, risque d’avoir des effets contreproductifs. De plus, il existe déjà des aides financières pour l’aide alimentaire, le plus souvent versées par les collectivités locales. Cette sécurité sociale viendra-t-elle en substitution ou en complément ? Dans ce dernier cas, il suffirait d’augmenter les programmes dédiés existants. La gestion de cette caisse relèverait de qui ? Derrière ce problème de la gestion se pose évidemment la question de la démocratie alimentaire, comme c’est le cas depuis plusieurs années pour la démocratie sanitaire ou la participation des usagers. Il est sans nul doute temps de mettre sur la table la question globale de l’exercice de la démocratie.

En guise de conclusion j’aimerais prendre l’exemple des États-Unis, sans porter de jugement sur leur système ou leur société, mais plutôt comme un exercice de benchmarking. Le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) est un programme géré au niveau fédéral et au niveau des États qui assure l’organisation de l’aide alimentaire. Ce programme fournit aux ménages dans le besoin différents types d’incitations pour acheter les produits frais et les aliments sains dans les points d’achat partenaires. En 2019, il couvrait 35,7 millions de bénéficiaires.

Il favorise les circuits courts des produits locaux en créant un lien entre l’aide alimentaire, l’agriculture et l’économie locale. Il est estimé qu’environ 25 % des aides distribuées par l’aide alimentaire se reportent sur les agriculteurs, soit environ 25 milliards de dollars de subventions indirectes chaque année. De plus, les dépenses initiales stimulées par le SNAP produisent « un effet multiplicateur » sur l’économie locale. Une étude réalisée en juillet 2019 a estimé un multiplicateur du PIB de 1,54 pour le SNAP, c’est-à-dire qu’1 milliard d’augmentation des incitations pourrait générer 1,54 milliard d’augmentation du PIB. Dans le même temps, il est estimé que 13 560 emplois sont créés.

Ce n’est pas forcément un modèle transposable ici, mais cela montre qu’un fort engagement financier peut se révéler au final un investissement et non plus seulement une dépense.

Il est regrettable que dans le domaine social, la prise en compte de l’économie et de ses variations soit souvent négligée.

Cela reste un autre sujet à explorer.

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